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Obrigado, Brasil ! - le choc


C’est l’histoire de 4 personnes malintentionnées qui vont changer le cours de mon tour du monde. A peine 12h après mon arrivée au Brésil, ces 4 larrons vont me tendre un piège pour me subtiliser mon sac à dos. Ils ne savent pas qu’il contient mon passeport, mes cartes de crédit, mes permis et mon appareil photo. Ils ne savent pas que j’avais prévu de ne rester qu’une semaine. Ils ne savent pas qu’en m’agressant ils vont me donner la chance de vivre des moments parmi les plus forts de mon voyage.


Je dédie ce texte à Cécile et sa maman, à mes parents et à toutes les personnes qui m’ont aidé à me relever.


Je termine la partie africaine de mon tour du monde comme une bombe. Je viens de passer près de 2 mois de rêve entre la Tanzanie, l’Afrique du Sud, le Zimbabwe et la Namibie. Tout a été parfait et je me sens d’attaque pour la seconde partie du tour du monde : l’Amérique du Sud. Aujourd’hui, je prends mon avion depuis Johannesburg à destination de Sao Paulo. Je suis un peu dans le brouillard. J’ai discuté toute la nuit avec un chef d’entreprise sud-africain qui a développé un business de transport florissant. Nos longues discussions rythmées par plusieurs verres de rhum nous ont rapidement fait oublier l’heure qui passe. Je dors peu et mal. La traversée de l’Atlantique sera pour moi un doux rêve. J’ai dormi tout au long des 9h30 de vol, soit le plus long vol de mon tour du monde effectué.


24h plus tard, tout a changé


Me voici à Sao Paulo. Je me rends directement à l’hôtel que j’ai réservé la veille. Je comprends vite pourquoi les prix étaient si intéressants. La chambre est petite et mal insonorisée, le lit inconfortable et la porte a du mal à se fermer à clé. Je constate aussi au niveau du lobby qu’ils ont placé une planche de bois à la place d’une vitre qui donne sur la rue. Celle-ci n’est même pas vissée. Connaissant la réputation de Sao Paulo et plus généralement du Brésil en termes de sécurité, ça ne me rassure pas. Cette méfiance sera lourde de conséquence. Le lendemain, alors que j’ai prévu une visite du centre-ville avec un guide local, je décide de prendre avec moi mes papiers et mes cartes de crédit ainsi que mon appareil photo reflex. La sécurité de l’hôtel laissant à désirer et mon guide m’ayant assuré que je pouvais venir sans crainte avec mon sac, j’ai l’impression de prendre la bonne décision.

Catédral da Sé - Sao Paulo

Il est midi et je suis donc au centre-ville, proche de la Catédral da Sé. J’ai rendez-vous à 13h devant le monument. En attendant, je mange et fais quelques courses. Impossible de trouver un magasin qui vend une carte sim locale. Je vais devoir me rendre dans un magasin spécifique situé au niveau de l’avenue Paulista. C’est loin, on verra ça plus tard. Il est 12h50. Je suis sur les marches et attends mon guide. C’est alors qu’un monsieur d’une cinquantaine d’années s’approche et me fait signe. Il pointe ma jambe avec son doigt. Je regarde et vois une trace de couleur marron le long de mon mollet. Mais comment me suis-je fait ça ? A cet instant, je suis loin de me douter que je suis pris dans l’engrenage d’un piège qui va se refermer doucement.


Cette personne sort alors de son sac des mouchoirs qu’il me tend et in fine essaie de gagner ma confiance. Je reste prudent et lui demande de ne pas s’approcher. Les mouchoirs n’enlèvent que partiellement la tâche. Il gesticule, me parle portugais, je ne comprends pas ce qu’il me dit mais il me pointe désormais l’intérieur de la cathédrale. Je crois comprendre pouvoir trouver de l’aide là-bas. Je suis confus mais ne me sens toujours pas en danger. Je me dirige donc vers l’intérieur de la cathédrale. Or, c’est au niveau du sas d’entrée du monument que cette personne revient et me donne de nouveaux mouchoirs. Je trouve cela bizarre mais accepte de les prendre tout en veillant à garder une distance entre lui et moi. Vient le moment fatidique. Je retire mon sac à dos et le pose face à moi contre un mur. Le temps de m’accroupir et de me retourner 5 secondes pour finir de nettoyer ma jambe, un deuxième homme sorti de nulle part attrape mon sac et court vers la sortie. Je n’ai même pas le temps de voir l’action mais je comprends vite. Je lui cours après. Deux hommes positionnés au niveau des marches me font des signes et m’indiquent une direction. Je ne vois pas mon voleur. C’était un leurre !


Je reviens alors dans le sas d’entrée pour retrouver le premier homme. Celui-ci a également disparu. Je le recherche, il y a beaucoup de monde mais j’aperçois sa silhouette déjà loin en train de courir. Je cours plus vite que lui et le rattrape facilement. Je l’agrippe alors avec véhémence. Imaginez mon état, je viens de perdre mon passeport, ma carte d’identité, mon permis voiture, mon permis bateau, environ 80 euros en réals, mon appareil photo reflex, mon chargeur externe, ma veste North Face, un sac à viande qui trainait dans une poche arrière et mon sac à dos de trek fétiche. Tellement bêtement. Je suis énervé, incontrôlable, je le pousse, lui crie dessus. Il tombe. Je suis violent, je ne me reconnais pas. En y réfléchissant aujourd’hui, je réalise avoir été totalement inconscient, aveuglé par ma colère. Je suis au Brésil. Un coup de couteau est vite arrivé. Heureusement, il n’est pas armé.


Je suis énervé, incontrôlable, je le pousse, lui crie dessus. Il tombe. Je suis violent, je ne me reconnais pas.

Je le tiens trop fort pour qu’il puisse s’échapper. Je lui demande d’appeler ses complices pour faire un échange : mon sac contre de l’argent. Je veux récupérer mes papiers et mon appareil photo. Il fait mine de comprendre ma demande et appelle ses amis. Pendant 30 minutes, il va négocier, ou me donner l’impression de négocier, mais en réalité il me fait tourner en bourrique. Je ne comprends pas ce qu’ils se disent, sauf une phrase. « Esse bastardo me segura » soit « ce bâtard me tient ». Rien à faire, je peux oublier mes affaires. Je cherche alors de l’aide. Personne ne bougera le petit doigt malgré mes appels à l’aide dans cette rue pourtant très fréquentée. Pendant de longues minutes, je suis un fantôme dans cette ville de 13 millions d’habitants. Cela m’afflige. Une femme que j’interpelle et qui par chance parle anglais ne trouve rien de mieux que de lui faire la morale avant de tourner les talons… inutile. Finalement, un commerçant de la rue se décide à me prêter main forte et appelle la police.


Immense ville de Sao Paulo

Double choc


Les policiers arrivent rapidement. Ils nous embarquent au poste qui n’est pas très loin. Heureusement, eux aussi parlent suffisamment bien anglais pour comprendre la situation. Ils m'expliquent que cela est courant. Cet homme et ses complices sont péruviens. Ils sévissent sur la place depuis de nombreuses années. Les policiers engueulent mon agresseur dans la voiture et le bousculent. Je lis la peur dans son regard. Je vais comprendre quelques minutes plus tard que son calvaire ne fait que commencer. Nous arrivons au poste. Le péruvien est directement emmené dans une salle à gauche. Quant à moi, on me dit d’aller un peu plus loin à droite pour faire ma déposition de plainte. En passant devant la salle de gauche, je vois mon agresseur se faire agresser. Deux policiers lui assènent des coups de poings violents au ventre. Cela me choquera profondément.


Une fois ma plainte déposée, je décide d’aller voir le péruvien une dernière fois. Je tente d’installer une discussion malgré la barrière de la langue pour comprendre qui est cet homme. Je comprends que sa femme et ses 5 enfants sont au Pérou et qu’ils n’ont pas d’argent pour vivre. Il fait des petits boulots et vole pour subvenir aux besoins de sa famille. La discussion coupe court car les flics n’aiment visiblement pas que nous parlions ensemble. Ils emmènent le péruvien ailleurs et me donnent un peu d’argent pour rentrer à l’hôtel.


Me voici à Sao Paulo, l’une des plus grandes villes du monde, sans papiers, ni argent. Je ne connais personne et ne parle pas la langue. Il me reste mon téléphone portable. Je suis fatigué et énervé. Surtout contre moi-même de n’avoir pas compris ce qui m’attendait sur les marches de cette cathédrale. Je ne le sais pas encore, mais je vais aller de surprise en surprise les prochains jours.

La suite de cette histoire ici.

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