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Obrigado, Brasil ! - la rédemption


C’est l’histoire de 4 personnes malintentionnées qui vont changer le cours de mon tour du monde. A peine 12h après mon arrivée au Brésil, ces 4 larrons vont me tendre un piège pour me subtiliser mon sac à dos. Ils ne savent pas qu’il contient mon passeport, mes cartes de crédit, mes permis et mon appareil photo. Ils ne savent pas que j’avais prévu de ne rester qu’une semaine. Ils ne savent pas qu’en m’agressant ils vont me donner la chance de vivre des moments parmi les plus forts de mon voyage.


Je dédie ce texte à Cécile et sa maman, à mes parents et à toutes les personnes qui m’ont aidé à me relever.


Le taxi me dépose à l’hôtel. Je suis abattu. Je croise le gérant à qui j’explique ce qui vient d’arriver. Il n’est pas surpris. Il conclut notre discussion par un fataliste « that’s Brasil bro ». Cette phrase, je vais l’entendre des dizaines de fois pendant mon séjour. Nous sommes en pleine présidentielle. La campagne est bouleversée par l’emprisonnement de Lula pour corruption et l’émergence surprise de Jair Bolsonaro, député d’extrême droite qui véhicule un discours violent, ultra-sécuritaire et nostalgique de la dictature militaire. Jusqu’à mon départ, je vais être le témoin des tensions et de l’exaspération des différentes classes de la société brésilienne. La réaction désabusée du gérant aujourd’hui n’en est qu’une première illustration.


Je me dirige vers ma micro-chambre et m’allonge sur mon lit. Je refais mille fois la scène dans ma tête, essaie d’analyser ce qui s’est passé pour comprendre mes erreurs. Manque de prudence, confusion ou encore naïveté vis-à-vis de la cathédrale (dans mon esprit, une église est forcément un lieu sûr). J’ai du mal à encaisser le coup. J’appelle mes proches pour leur annoncer la nouvelle. Ça fait du bien de leur parler, ils me remontent le moral. Mon père me propose son aide financière pour assurer les prochains jours le temps que je récupère mes cartes de crédit.

Direction Western Union proche du centre-ville

Nous décidons de passer par Western Union, seul moyen rapide pour me transférer de l’argent. Mais nous ne savons pas si cela fonctionnera car je n’ai plus aucunes pièces d’identité valides à présenter sauf les scans de mon passeport et ma carte d’identité enregistrés dans mon téléphone portable (heureusement, celui-ci était dans ma poche et non dans mon sac). De toute façon, je n’ai pas le choix. Je me rends donc au bureau Western Union le lendemain matin à la première heure. Le guichetier me remet l’argent sans moufter sur la base du scan de mon passeport volé et de la plainte. Une première victoire, je vais pouvoir avancer.


Attitude post-agression


La problématique financière réglée, je vais m’appliquer à laisser derrière moi tout ce qui est lié de près ou de loin à cet épisode. J’ai besoin de vivre des moments positifs. Je recherche donc un nouvel hébergement sûr et convivial qui soit à proximité de l’ambassade française. En recherchant sur Booking, je tombe sur une auberge de jeunesse bien notée et située dans le quartier branché de Vila Madalena. Elle n’est pas très loin de mon hôtel actuel et une chambre solo est disponible pour pas chère. Je la réserve, prépare mes affaires et m’y rend en taxi. Je me souviens avoir attendu quelques minutes devant l’imposante grille blanche de l’établissement avant qu’ils viennent m’ouvrir. Être dans la rue, visible de tous, avec le reste de mes affaires et l’argent retiré plus tôt sur moi m’a vraiment angoissé. C’est un peu parano, mais j’ai désormais l’impression d’être une cible dès que je mets un pied dehors. Mais que font-ils bordel ? Qu’ils se dépêchent, je dois mettre mes affaires en sécurité. Finalement, une jeune femme arrive tranquillement et m’ouvre la grille. Me voici à l’intérieur, rassuré. Je repenserai à ce moment plus tard et trouverai ma réaction ridicule et quelque peu démesurée. Il va falloir que je me détende.


Les prochains jours vont se résumer à des allers-retours entre l’auberge et un cyber-café pour imprimer les documents nécessaires à la réalisation de mes nouveaux papiers (passeport, permis…), un studio de photographie pour refaire des photos d’identité règlementaires, le Consulat Général de France pour lancer les démarches administratives, la Poste brésilienne et… la laverie.


Ce quotidien monotone est toutefois égayé par les 3 jeunes femmes qui gèrent l’auberge et Daniel, un backpacker allemand un peu fou mais très sympa, avec qui j'ai noué de bonnes relations. Les filles m’invitent à diner et me font découvrir le Churrasco, nous passons nos soirées à discuter de tout et de rien, surtout de politique, elles me font visiter le quartier et notamment Beco do Batman, un célèbre repère d’artistes de streetart. L’une d’entre elles est péruvienne. Elle m’aide beaucoup. Comme si elle portait sur ses épaules la responsabilité des actes de mes agresseurs. Je trouve cela touchant. Daniel, quant à lui, me fait découvrir les bars et clubs branchés du coin. Il est à la recherche de la meilleure Caipirinha de la ville et je l’aide volontiers dans son entreprise.

Le streetart de Beco do Batman


Je découvre par ailleurs et non sans admiration que mes 3 nouvelles amies mènent en parallèle de leurs petits boulots et de leurs études, un combat féministe pour faire entendre la voix des femmes en ces temps d’élection présidentielle. Elles organisent tous les mercredis soir à l’hostel des réunions discrètes pour fixer les prochaines manifestations et actions coup de poing à mener contre le candidat Bolsonaro. J’ai assisté à l’une de ces réunions. Un moment fort que j’aurais aimé documenter en photo.

Après 3 jours passés dans cette auberge, mon spleen commence à s’évacuer. J’ai bouclé toutes les démarches administratives (demandes de passeport et de carte d’identité, permis…) et accepté l’idée d’être bloqué à minima 3 semaines ici le temps de réceptionner les documents. J’ai commandé mes nouvelles cartes de crédit, racheté un sac à dos photo et une batterie externe qui seront livrés chez mon père mais aussi et surtout intégré un groupe de gens cools avec qui je m’entends bien. Les choses se remettent doucement en place.


Une surprise de taille


La photographie fait partie des principales raisons qui m’ont amené à faire ce tour du monde. J’ai l’impression d’avoir récemment passé un cap dans la maitrise de cette discipline et ce voyage doit être une forme de confirmation. Je m’applique donc à partager de manière quotidienne mes photos sur les réseaux sociaux depuis mon départ et je dois dire que j’y prends beaucoup de plaisir. Les retours sont positifs et je suis content de mon travail. Je commence même à penser à l’organisation d’une exposition à mon retour.

Les courbes du Copan Building imaginé par Niemeyer - Sao Paulo

Or, le vol de mon appareil photo donne un véritable coup d’arrêt à cette dynamique. Je peux consacrer une partie du budget de mon tour du monde au rachat du sac à dos et de la majorité des affaires qui m’ont été volées sans qu’il ne soit véritablement altéré. Mais sortir plus de 2000€ pour un nouvel appareil, c’est bien au-delà de mes moyens et je refuse d’amputer mon tour du monde de plusieurs destinations pour économiser cette somme.


Je commence donc à me tourner vers d’autres solutions : acheter un appareil moins ambitieux, vendre certaines de mes affaires en France, faire un crédit… Tout y passe, jusqu’à cette discussion avec Priscilla, une amie et ancienne collègue de boulot, qui souhaite m’aider et me suggère d’ouvrir une cagnotte en ligne. J’hésite, je n’ai jamais fait ça et demander de l’argent pour continuer à réaliser mon rêve me parait être une initiative égoïste. Je me lance malgré mon hésitation et ouvre la cagnotte dans la journée, encouragé par mes proches avec qui j’ai partagé cette idée.


24h après l’ouverture de la cagnotte, l’objectif de 1500€ est atteint. Incroyable ! La cagnotte montera même jusqu’à 2000€ au bout de 2 jours. C’est totalement inattendu. Je n’ai pas de mots assez forts pour décrire ce que je ressens en voyant cet élan de générosité. J’ai envie de prendre chacun des contributeurs dans mes bras, de les remercier 1000 fois. Maurice, Laurette, Thierry, Marion, Pierre-André, Guillaume, Maud, Sandy, Amélie, Frédéric, Myriam, Béa, Walter, Laurane, Priscilla, Marion, Guillaume, Maud, Olivier, Clément, Nadine, Cécilia, Antoine, Magali, Olivia, Marie-Charlotte, Émilie, Laure, Yanis, Olivier, Éric, Laure, Sandra, Aurélien, Esthi, Alexia, Margaux, Robin, Carole, Mathieu, Séverine, Isabelle, Stéphanie, Joël, Lili, Soizic, Elodie, Jérôme, Jacky, Tiphaine, Corinne, Yannick, Anne-Sophie et tous les inconnus qui ont participé à la cagnotte : je ne vous remercierai jamais assez. Vous m’avez donné une force inouïe et m’avez permis de tourner définitivement la page de cette mésaventure.

Un élan de générosité inoubliable

Ce soir, je veux fêter cela. Nous sortons boire un verre avec Daniel et 2 néerlandais qui viennent d’arriver à l’auberge. Comme d’habitude au Brésil, la soirée est festive et l’ambiance bon enfant. Nous rigolons bien et faisons beaucoup de rencontres dont un brésilien qui va insister pour nous offrir des verres. Nous réaliserons plus tard en ramenant l’un des néerlandais qui s’est soudainement senti mal que cette personne un peu trop amicale avait probablement ajouté du GHB dans un verre. Il faut rester vigilant.

Je commande mon nouveau matériel photo le lendemain. Les prix étant 20 à 30% plus chères au Brésil, j’ai choisi d’effectuer mon achat sur un site spécialisé anglais qui propose par chance une belle offre promo pour un pack identique à mon matériel initial. Je saisis l’offre et envoie le tout chez mon père qui va rassembler toutes mes affaires dans le nouveau sac photo. Nous allons faire d’une pierre deux coups. Il y insérera l’appareil photo, l’objectif, les cartes mémoires, le filtre ND, les cartes de crédit et la nouvelle batterie externe. Je dois maintenant trouver un moyen sûr de récupérer ce sac sans me ruiner en frais de transport. Cette recherche va me conduire jusqu’à l’une des rencontres les plus importantes de mon tour du monde. Cécile.