Entretien 360 avec Nomadict : voyage, photographie, conscience écologique, haute montagne...

J'ai donné début décembre une longue interview au site spécialisé Nomadict. Ce fût l'occasion de revenir sur les enseignements du tour du monde, ma pratique de la photographie ou encore mes récentes aventures en haute montagne. Initialement publiée en anglais sur leur site, je vous partage ci-dessous la retranscription française de l'interview. N'hésitez pas à m'écrire si vous avez des questions sur le tour du monde, la montagne, la photo... bonne lecture !


D'où vous viennent ces passions pour la photographie et les voyages ?


J’ai eu la chance de grandir dans une famille animée par la curiosité du Monde. Chaque année, mes parents nous emmenaient, mes frères, ma sœur et moi, en voyage à la rencontre de nouvelles cultures avec l’objectif évident de nous ouvrir les yeux sur ce monde complexe, vaste et riche de diversité. A mes 18 ans, j’avais déjà visité une quinzaine de pays... Je fais par ailleurs parti de la génération « Erasmus ». Tout au long de mon parcours scolaire, j’ai eu plusieurs fois l’occasion de participer à des échanges linguistiques en Europe et l’opportunité m’a aussi été donné d’étudier aux États-Unis. Toutes ces expériences à l’étranger ont définitivement ancré en moi la passion du voyage et de la découverte d’autres cultures.


La pratique de la photographie, quant à elle, vient de ma mère. Elle avait l’habitude de documenter nos vacances de manière très détaillée et prenait soin de capturer aussi bien les lieux que nous visitions que les moments intimes partagés en famille.


Alors que nous étions au Canada à l’été 2010, elle me donna la responsabilité de documenter notre voyage et m’apprit rapidement à utiliser son reflex. J’ai pris ce travail très au sérieux et le résultat m’enthousiasma tout autant que ma famille et mes amis. J’ai alors pris conscience que j’aimais cela.


Des années durant, j’ai gardé dans un coin de ma tête cette bonne expérience sans jamais passer à l’étape supérieure. Jusqu’au jour où ma petite amie de l’époque décida de m’offrir un reflex d’entrée de gamme, un Canon 550D, pour mon anniversaire. Cela a définitivement réveillé mon intérêt pour la photo.


Je me suis pris au jeu et me voici presque tous les soirs dans les rues de Paris, mon 550D et son 18-55 dans les mains, pour photographier ce formidable terrain de jeu. Je m’entraine, cherche mon style, essaie tous les réglages de l’appareil... J’ai adoré cette période d’apprentissage qui correspond également à une intensification de mon usage d’Instagram.



Quel moment vous a le plus impacté au regard du développement de ces passions ?


Il y a environ 3 ans, Instagram a reposté l’une de mes photos. En 48h, elle a été liké plus d’un million de fois et j’ai gagné plus de 4000 followers ! C’était incroyable. Mon téléphone n’arrêtait pas de vibrer. C’est à ce moment-là que j'ai sérieusement commencé à croire en mon potentiel de photographe.


Vous avez connu une année 2018 très dynamique en voyageant à travers le monde. Qu’est ce qui vous a poussé à vous lancer dans cette aventure ? Comment vous êtes-vous organisé ? Est-ce que ce voyage a transformé votre vision du monde ?


2018 a effectivement été l’année de tous les changements ! A cette époque, je travaillais dans une grande banque à Paris. J’avais un très bon poste, un bel appartement et mes amis à proximité. Et pourtant je sentais que quelque chose clochait. Je n’étais pas satisfait, le triptyque metro-boulot-dodo m’ennuyait, j’étais arrivé à la fin d’un chapitre de ma vie. J’ai alors décidé de tout quitter pour partir seul faire le tour du monde et entrer dans une nouvelle vie de photographe voyageur.

Plusieurs raisons expliquent ce choix radical. C’était d’abord l’occasion de réaliser un rêve en se mettant dans la peau d’un aventurier et goûter à cette sensation de liberté totale où seul l’instant présent compte. J’avais aussi besoin de me retrouver après avoir connu une séparation compliquée. Je voulais également en profiter pour sortir des sentiers battus et me rendre dans des zones moins touristiques

afin d’aller à la rencontre de cultures, personnalités et expériences plus authentiques. Et enfin je comptais sur ce voyage pour transformer définitivement ma passion pour la photographie en une réelle activité professionnelle.


J’ai commencé à préparer mon voyage 6 mois avant de quitter mon entreprise. Je savais déjà où mon tour du monde allait commencer : la Tanzanie. En effet, nous avions prévu de longues dates avec des amis de faire l’ascension du Kilimandjaro, puis de nous rendre au Zanzibar cet été 2018. J’ai donc annulé mon vol retour pour la France et prit un billet pour l’Afrique du Sud.


A partir de là, je vais organiser mon itinéraire sur la base des lieux que je souhaite absolument voir de mes propres yeux et que j’ai, pour la plupart, découvert sur Instagram. Je suis un fan inconditionnel et utilisateur régulier de cette plateforme. J’y passe près de 5h par jour. Elle m’a beaucoup inspiré pour formaliser mon parcours.


Zimbabwe, Namibie, Brésil, Chili, Polynésie, Nouvelle-Zélande, Taiwan, Chine, Japon, Népal… J’ai visité 26 pays pendant ce périple ! Quelle année ce fût ! La meilleure de ma vie sans aucun doute. Il m’est impossible de résumer cette longue et intense expérience en quelques phrases. J’explique en détails mes aventures dans mes autres articles si cela vous intéresse. Mais je peux dire que je me suis senti là où je devais être tout au long du voyage, totalement en phase avec moi-même, peu importe le pays dans lequel je me trouvais.

Cette expérience a par ailleurs réveillé en moi une forte conscience écologique. Notre planète se courbe et s’étouffe sous le poids de notre développement économique. Je me souviens avoir été peiné de voir tous ces détritus flotter en baie d’Along, peiné de voir le glacier du Kilimandjaro disparaitre, peiné d’observer le développement économique galopant autour des Chutes Victoria…


Concilier développement et protection de notre environnement est le défi majeur de notre siècle. Beaucoup d’efforts sont fait en ce sens, et même si beaucoup reste à faire, je suis rassuré de voir que la question écologique est devenue une priorité mondiale. J’ai pu constater tout au long du voyage que la protection de son environnement, qui est donc d’abord perçue comme une préoccupation locale, est devenue une thématique majeure, surtout auprès de la jeune génération.


Vous avez un intérêt particulier pour la haute montagne et avez réalisé l’ascension de plusieurs sommets difficiles. Qu’est-ce qui rend ces aventures si attrayantes à vos yeux ? Comment vous préparez vous physiquement et mentalement avant de partir en haute montagne ?


J’ai découvert la haute montagne en 2016, lors d’une sortie entre amis dans la vallée d’Aoste. Cette année-là, nous nous lançons à l’assaut du Grand Paradis, un sommet de plus de 4000 mètres qu’on dit idéal pour faire ses premiers pas en haute montagne. Je n’ai jamais arrêté depuis cette expérience réussie qui m’a profondément marqué.

A vrai dire, j’aime chaque étape d’une ascension, de sa préparation jusqu’à la bière partagée une fois de retour au refuge. C’est pour moi aussi bien un challenge sportif qu’une occasion de saisir des paysages immaculés et protégés de l’activité humaine. J’aime cette sensation de puissance que peut dégager une montagne et apprécie encore davantage l’effort immense qu’il faut fournir pour qu’elle accepte de vous accueillir à son sommet. Une sorte de danse effectuée par un couple qui s’aime et se déteste. Car la montagne peut être dangereuse. Sur ses flancs, vous vous rappelez à quel point vous êtes insignifiant et fragile. C’est une bonne leçon. Heureusement, je n’ai jamais connu de problèmes graves lors de mes ascensions et j’espère que la chance continuera de me sourire lors de mes prochaines expéditions.


A ce jour, j’ai gravi une dizaine de sommets dont le Grand Paradis en Italie, le Kilimandjaro en Tanzanie, le Kala Patthar au Népal ou encore le Cervin récemment. J’ai également effectué le trek menant au camp de base de l’Everest au départ d’un petit village situé à 3 jours de marche de Namche Bazar. J’avais prévu de faire l’ascension du Mont Vinson situé en Antarctique en Janvier prochain, mais le covid nous a malheureusement forcé à annuler cette expédition. Ce n’est que partie remise ;)


Ma préparation physique est permanente. Je fais du sport 4 à 5 fois par semaine et suis un programme adapté combinant exercices de cardio et renforcement musculaire. Une bonne condition physique est indispensable et doit s’accompagner d’un mental solide pour maximiser ses chances de réussite. Car ce n’est jamais facile. Il faut avoir le goût de l’effort et aimer, en quelque sorte, souffrir.


Le dépassement de soi, la sensation d’être seul au monde, la beauté des paysages… la haute montagne est pour moi une formidable échappatoire lorsque j’ai besoin de couper du monde.


Quelle ascension fût la plus difficile ? Et quelles sont les raisons d’une telle difficulté ? Quelle a été l’aventure la plus gratifiante que vous avez réalisé à ce jour ? Pourquoi était-elle si spéciale ?


L’ascension du Cervin est sans nul doute la plus difficile que j’ai accomplie à ce jour. Avec ses 4 478 m d'altitude, le Cervin compte parmi les grands classiques les plus ardus des Alpes. L'ascension et la descente qui s'effectuent exclusivement sur rocher et sur glace sont réalisées après 10h d’efforts intenses. Le parcours est raide et la pierre friable. Le Cervin demande une excellente forme physique ainsi qu’une certaine expérience de l'escalade à cause des nombreux dévers du parcours. Le vent et le froid ne viennent pas arranger les choses. Mais une fois à son sommet, on est sur une autre planète. On explose de joie, on oublie tout, et on est là ou peu d’hommes sur cette terre ont posé le pieds. Un moment magique !


J’ai aussi particulièrement apprécié mon trek menant au camp de base de l’Everest. 15 jours de marche à côtoyer les plus hautes montagnes du monde. Les paysages sont à couper le souffle. La culture népalaise est chaleureuse, spirituelle et apaisante. La vie est simple et on se délecte d’être au plus proche de la nature.


Vous dites travailler à des fins documentaires. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre pratique de la photographie, vos objectifs, et comment vous les atteignez ?


Mon approche de la photographie est essentiellement documentaire. Je n’adopte pas de démarche artistique spécifique lorsque je photographie un ensemble, un paysage ou une personne. Je veux rendre à ceux qui me suivent un travail évidemment agréable à regarder mais qui soit aussi et surtout au plus proche de la réalité. J’ai ainsi développé au fil des années une esthétique qui m’est propre mais qui n’a pour seul but que de venir renforcer le message de mon image.


En partageant ces paysages, ces scènes du quotidien, ces personnages, je mets en lumière un monde qui n’est pas fantasmé mais bien réel. Un monde qui est beau et parfois étonnant. Un monde inspirant qui éveille la curiosité et l’envie de voir par-delà les frontières.


C'est une question difficile mais quelle est votre photo favorite ? La photo que vous portez dans votre cœur, qui vous évoque un souvenir ou une émotion particulière ?


Voici l’une de mes photos préférées, prise en 2019 au nord du Vietnam. C’est d’ailleurs assez paradoxal parce que j’ai toujours préféré les photos de grands ensembles, de montagnes et de paysages aux photos portrait. Or je trouve cette photo vraiment magnifique. D'après moi, elle reflète tout ce qui a de meilleur dans l’être humain : l’amour, la gentillesse, la complicité… des choses qui nous font du bien et qui rendent cette photo si agréable à regarder.


Retrouvez l'article original publié sur le site de Nomadict ici : https://nomadict.org/nicolas-jehly-nicolasjehly-travel-photographer-based-in-france/

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